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23 Mai

Roman | 238 pages | 9,00€ | format: 144/205 mm (Bon de commande)

Extrait :

La famille Rogerie

Ce matin, comme chaque matin, Louis se réveille le premier. Il aime les quelques minutes de répit où, bien au chaud sous son édredon, il attend que sa mère vienne les réveiller, lui et Marie, sa sœur. Il entend le souffle régulier de sa petite sœur encore endormie à côté de lui. Un mouvement dans la pièce met fin de cet instant de tiédeur agréable. Une journée, comme les autres, commence…

–         Marie, Louis, c’est l’heure. Il faut vous préparer ! chuchote une voix

douce alors que la lumière d’une lampe à pétrole éclaire le recoin de la pièce unique dans lequel est dressé le lit des deux enfants.

Louis se lève et se débarbouille rapidement avec l’eau tiède qui attend dans une bassine en zinc posée sur la table. Leur père, réveillé depuis quatre heures avait puisé au puits l’eau nécessaire à la famille et l’avait mise à chauffer avant de partir travailler à la mine. Il enfile un pantalon de toile, un tricot de corps, un pull et des galoches et va se frotter les mains au-dessus du bon feu qui réchauffe la pièce. Sa sœur le rejoint bientôt, les yeux pleins de la nuit encore présente dehors. Sur la table sont posés deux bols de lait et des tartines de pain.

– Dépêchez-vous mes chéris, vous allez être en retard pour l’école, leur dit leur mère en remplissant leurs gamelles du midi de pommes de terre.

Louis se saisit de son sac et y range ses livres de primaire, son cahier d’écriture et son repas de midi. Il attend que sa mère les embrasse et tenant la main de sa sœur et ils prennent le chemin de l’école. A onze ans, Louis se sent responsable de sa sœur de huit ans. Quatre kilomètres à pied les attendent. Les enfants retrouvent leurs camarades sur le chemin de l’école.

Pendant ce temps, Marie-Jeanne en profite pour se mettre à l’ouvrage. D’un jour à l’autre, ses tâches ne varient guère : balayer le sol de sa maison, aller puiser de l’eau, recoudre les vêtements usagés, nourrir poules et vaches de leur fermette… Jamais le moindre temps de repos. Pourtant Marie-Jeanne ne se plaint jamais. Elle sait que la vie est rude et que ce n’est pas le maigre salaire de Pierre-Louis qui pourra faire vivre la maisonnée. Elle sourit en pensant à son Pierre-Louis, cheveux châtains courts, les yeux verts, et sa dernière petite manie, la petite moustache qui pointe au dessous du nez. Son mari a un travail difficile, non pas pénible, mais précis. Il travaille à la mine de Pont-Péan, en tant que dynamiteur et mineur. Elle pense qu’il va trainer un peu au bar, ce soir, avec ses amis Gustave, Lucien et Paul.

Après une heure de marche, les enfants arrivent à Saint-Erblon. Huit heures trente sonnent au clocher de l’église. Ils courent vers l’école : celle des filles pour Marie, celle des garçons pour Louis. Dans la cour des garçons, alors que Louis retrouve ses camarades, le maître inspecte mains et ongles…

–         Louis Rogerie, tes mains ne sont pas propres, va te les laver ! lui ordonne-t-il.

La cloche sonne et les élèves se mettent en rangs avant de rentrer en classe dans un silence de cathédrale. Après avoir fait l’appel, comme chaque jour, le maître commence la journée par la leçon de morale. Chacun lit la phrase inscrite au tableau noir : « Bien mal acquis ne profite jamais ». Après en avoir expliqué le sens, on la copie sur son cahier avec application. Troublant le silence, Georges casse sa plume et fait une grosse tâche d’encre violette sur son cahier. La classe se poursuit avec la leçon de calcul. Aujourd’hui le maître interroge les élèves sur les tables de multiplication. Ils répondent sur leur ardoise. André, qui connait ses tables par cœur, obtient un bon-point. Ensuite, c’est la récitation, puis la dictée quotidienne. Marcel, qui a fait douze fautes est coiffé d’un bonnet d’âne. Soudain, on frappe à la porte ; c’est Monsieur le Maire qui souhaite voir le maître : tous les élèves se lèvent en silence pour le saluer. Le maître va sortir quelques instants dans le couloir en laissant la porte ouverte. Il n’est pas question de chahuter. Après avoir rempli quelques papiers administratifs avec Monsieur le Maire, il veut continuer son cours, mais arrive enfin l’heure de la récréation : certains jouent aux billes, d’autres aux osselets, d’autres encore avec des toupies en bois qu’ils ont fabriquées eux-mêmes. C’est alors que le maître aperçoit Yves et Jean qui se battent à coup de lance-pierres, c’est interdit. Il intervient aussitôt et punit les deux garnements en les envoyant au piquet et en leur annonçant qu’ils resteront en retenue ce soir après la classe.

Pendant ce temps, à quelques dizaines de mètres de là, dans la cour de filles Marie joue à la marelle avec Yvonne, tandis que d’autres fillettes sautent à la corde. La cloche retentit et annonce le retour en classe. C’est l’heure de la leçon de choses : aujourd’hui on observe la croissance des haricots que les enfants ont apportés voilà déjà plusieurs jours….

Midi approche. Marie Jeanne prépare le repas de son mari qu’elle ira lui porter à la mine. Elle met tout son cœur pour lui faire une bonne soupe de légumes, lui coupe un bon morceau de pain et une épaisse tranche de lard salé. Puis, elle met la gamelle dans une musette, y ajoute une belle pomme et y glisse une bouteille de cidre fait à la ferme.

A l’heure du déjeuner, les enfants ouvrent leurs gamelles. Chacun leur tour, ils réchauffent leur soupe sur le poêle à bois de la classe puis s’installent par petits groupes sous le préau et commencent leur repas. Tout en dévorant divers légumes, morceaux de pain, fromage et fruits, les discussions vont bon train. Louis et son copain Victor parlent de leurs parents, de leur travail. Marie et Germaine se racontent leur soirée à la maison… Le repas vite avalé, tous se précipitent dans la cour et reprennent leurs jeux avant que la cloche ne retentisse.

Pendant ce temps, Marie Jeanne marche sur le chemin de la mine. Elle est fiévreuse et tousse. Elle a froid… Arrivée à la mine, elle dépose la musette de Pierre-Louis dans la salle des pendus (Salle où les mineurs pendaient leurs vêtements) et y rencontre d’autres femmes de mineurs avec qui elle bavarde un peu, chacune raconte son quotidien. Certaines d’entre elles s’inquiètent de la santé de Marie Jeanne.

–         Tu devrais aller voir le médecin et te soigner, lui dit la femme de

Gustave en l’entendant tousser.

Marie Jeanne lui sourit gentiment et repart tranquillement.

–         Ça va passer, un mauvais rhume…

Au retour, elle en profite pour passer au lavoir faire une lessive. Alors qu’elle bavarde avec d’autres femmes, qui, comme elles sont venues faire la lessive hebdomadaire, Marguerite lui trouve une mauvaise toux.

–         Oh, j’ai du attraper froid, lui répond-elle, ce n’est rien !

Les enfants rentrent à la nuit tombée. Pierre-Louis est revenu de la mine vers dix-sept heures. Il a déjà allumé un feu de bois dans le cheminée et fait sa toilette avec l’eau du puits, car son travail dans la mine est très salissant. Maintenant, il aide Marie-Jeanne à nourrir les animaux de la petite ferme, car elle doit préparer le repas du soir pour toute la famille. Les enfants se mettent sans tarder à leurs devoirs sur la grande table. Puis, une fois le travail terminé, la préparent pour le diner. Pendant le repas, Louis et Marie racontent leur journée de classe. Pierre-Louis et Marie-Jeanne écoutent attentivement et posent quelques questions. On évoque les notes obtenues, les bons-points, mais aussi ce qui s’est passé dans la cour de récréation, sur le chemin de l’école, sans oublier le bonnet d’âne de Marcel…

Le repas terminé, on se rassemble devant la cheminée : Pierre-Louis lit le journal, Marie-Jeanne coud, Louis et Marie jouent aux dominos.

Enfin, tous partent se coucher avant d’entamer une nouvelle journée.

A SUIVRE…

© Lionel LAMOUR 2009 et les classes de CM2A et CM2B de l’école Lucie Aubrac de Pont-Péan et les classes de 6ième A et 6ième B du collège de Fontennay de Chartres de Bretagne

I.S.B.N : 2-951-9911-4-2

Tous droits de reproduction, traduction, adaptation

réservés pour tous pays.

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